LES PROPOS DE L’AUMONIER
«Trois sols six deniers pour le serpent»…Vous croyez peut-être qu’il s’agit là d’une citation tirée du livre de compte de quelque charmeur ambulant d’il y a deux cents ans. Détrompez vous: l’item a bien 200 ans mais il est extrait d’un décompte paroissial; il s’agit du traitement du musicien de village qui était chargé d’accompagner les chants de la grand’messe. Le serpent était un instrument à vent dont la silhouette rappelle assez la forme de l’animal du même nom et l’on s’en servait dans les paroisses trop peu fortunées pour se payer un orgue ou un modeste harmonium. J’ignore le son qui en sortait, mais je sais qu’il eut son moment de vogue et de célébrité.
Si nous remontons plus loin dans le temps, nous trouvons d’autres modes d’expression: nous savons, par exemple, qu’au temps du roi David, il y a environ 3000 ans la cithare était très appréciée: elle était utilisée tant dans les fêtes profanes que dans les fêtes religieuses. David lui-même dans sa jeunesse s’en était servi à des fins psycho médicales. Le livre des Rois, dans l’ancien testament nous apprend en effet que «David prenait la cithare et qu’il en jouait; alors Saul se calmait, il allait mieux et le mauvais esprit s’écartait de lui». C’est peut-être depuis cette époque lointaine que l’on affirme encore que «la musique adoucit les mœurs». Je sais que des esprits chagrins diront que depuis quelques temps on ne s’en aperçoit guère, qu’on aurait même tendance à constater le contraire, que certains fauteuils d’orchestre auraient eu quelquefois à souffrir pendant ou à la suite de certains «shows» (prononcez «chaud», comme dans «ça chauffe»). Je sais, je sais tout cela…..et bien d’autres choses encore; mais malgré tout j’aime le jeune David et sa cithare (ou guitare, comme vous voudrez: le mot guitare n’étant qu’une prononciation espagnole du mot cithare) et je pense que non seulement il est toujours possible de chanter avec une guitare, mais même pour prier.
C’est pourquoi depuis quelques dimanches à la chapelle on réalise une très harmonieuse union entre la guitare et l’orgue. On se perfectionne de semaine en semaine et ça devient très bon; une seule erreur à éviter; l’utilisation de la guitare pour le chant de sortie: c’est très simple, le résultat n’est pas atteint: on ne sort pas!.
Si vous me demandez pourquoi on ne sort pas et pourquoi on trouve ça beau, je vous dirai que c’est peut-être parce qu’effectivement cet instrument à corde est beau et qu’il porte au recueillement….à condition toutefois de savoir s’en servir et de ne pas le confondre avec une grosse caisse ou un tam-tam, lesquels n’ont jamais eu la prétention de donner de la musique. Mais au fait, peut-être n’aimez vous ni la musique ni le recueillement; alors excusez-moi, je n’ai rien dit.